Le régiment Royal Bavarois d'Infanterie de Réserve 19

dans les Vosges 21.1 au 2.6.1915

d'après les carnets de campagne d'anciens membres du régiment
Generalmajor A.D. Karl JAUD

Traduit par Elizabeth Buhl


1. Neuulm-Augsburg
31 décembre 1914 à 21 janvier 1915

Le 28 Novembre 1914 le ministère de la guerre bavarois décréta la création de neuf bataillons d'infanterie, pour constituer, grâce à l'appui populaire, de nouvelles unités avec les hommes aptes au service , dans le cas d'un conflit prolongé contre un ennemi supérieur en nombre. Ces bataillons ne devaient pas constituer des unités autonomes mais devaient être intégrés aux régiments d'infanterie comme quatrième bataillon.


Mais dès le 22 Décembre 1914 le ministère de la guerre pris la décision que ces bataillons devaient quand même former des régiments et avec d'autres armes constituer la 8e Division de réserve bavaroise.


Ces bataillons étaient avantagés, car à l'exception des chefs supérieurs, ne furent choisis que les officiers, sous-officiers et caporaux qui étaient en convalescence et de ce fait bénéficiaient de l'expérience du front. Les hommes de troupe étaient choisis parmi les meilleures recrues en fin d'instruction et parmi les convalescents.

Dans le cadre du 1er corps d'armée bavarois, un bataillon d'infanterie fut créé auprès de chacune des quatre brigades d'infanterie, deux à Munich, un auprès de la 3e brigade à Augsburg et un auprès de la 4e à Neu-Ulm. Les deux bataillons munichois formèrent le 18e Régiment d'infanterie de réserve bavarois, et les deux autres bataillons le 19e Régiment d'infanterie de réserve bavarois. Celui d'Augsburg devint le 1er, celui de Neu-Ulm le 2e bataillon. Chaque bataillon reçu une batterie de mitrailleuses. Les deux régiments n'avaient donc pour le moment que deux bataillons.


Jusqu'à ce que tous furent vêtus et logés, les recrues faibles éliminées et dirigées sur les unités suppléantes, le ravitaillement et le service réglés, que les chefs des compagnies eurent reçu les chevaux qui pouvaient a peu près leur convenir et que les attelages furent opérationnels, il y eu énormément de travail et le 3 Janvier commença la formation. Avec le temps humide et le sol détrempé et défoncé des champs d'exercice cela augmenta les difficultés, en outre il manquait à maint jeune chef de compagnie l'expérience indispensable et il fallu quinze jours avant que les quatre postes de chef de compagnie fussent définitivement occupés.

Les difficultés furent toutes maîtrisées et le 15.1 chaque homme avait acquis avec son groupe les rudiments nécessaire au combat, de sorte que le 14.1 le régiment composé à Augsburg était apte à exécuter journellement les manoeuvres, sans trop d'accrocs, sous les yeux de son commandant de brigade Generalmajor Freiherre von Pechmann et son commandant de division Generaleutnant Freiherr von Stein. La participation de batteries de campagne et des estafettes fut particulièrement encourageante et lorsque le 20.1 le régiment reçu au cour d'une parade dans la cour de la caserne Prince-Charles les drapeaux et que le lendemain il se mit en route vers la gare pour le départ, fort de 29 officiers, 14 officiers suppléants et sergents-majors, 4 officiers sanitaires, 2 officiers payeurs, 164 sous-officiers ainsi que 2 batteries de mitrailleuses et 158 chevaux, chacun avait le sentiment d'appartenir à un ensemble homogène qui ne se laisserait pas déloger de la place ou du but assigné par aucun ennemi.

Composition au 21. Janvier 1915

Etat major du régiment :
Commandant chef de corps : Lieutenant colonel Karl JAUD
Adjudant : Lieutenant Karl WAGNER
Responsable de l'équipement : Adjudant Bruno ALBER

I. Bataillon
Commandant : Major Heinrich VEITH
Adjudant : Lt. Wilhelm HAVERKAMP
Officier d'intendance : Off. Suppl. Joseph EBERT
Médecin : Médecin chef a.K. Wilhelm BRUNS
Médecin assistant : Paul EPELER
Officier payeur : sous-off. payeur Max OBERMEIER

1. Compagnie
2. Compagnie
Lt. Wilhelm ZIMMERMANN Lt. Ludwig AUFFHAMMER
Lt. de réserve Victor BUHL Lt. de réserve Georg FüRST .
Off. Suppl. Alois MAHR Off. Suppl. Otto GAB
Off. Suppl. Eugen EINBERGER Off. Suppl. Georg SCHUSTER

 

3. Compagnie
4. Compagnie
Lt.Colon. Wilhelm KOLLMANN Capitaine Karl SEITZ
Lt. Ludwig LINDNER Lt. Theodor KüSPERT
Off. Suppl. Xaver HUBER Lt.d.Res. Rudolf BERNHEIMER
Off. Suppl. Otto MICHELER Off. Suppl. Josef MEERWALD

Section de mitrailleuses : Lt. de Rés. Georg KEIM
Off. Suppl. Florenzio Mac CARTY

II. Bataillon
Commandant : Major Rupert NEUHIERL
Adjudant : Lt. de Rés. Karl FUCHS
Officier d'intendance : Off. Suppl. Michael GRAUVOGEL
Médecin : Médecin capitaine d.L. Dr. Jakob BERKENHEIER
Médecin assistant : Siegfried ROUGE
Officier payeur : sous-off. payeur Philipp LEHNER

5. Compagnie
6. Compagnie
Lt. colonel de Rés. Otto KOLB Capitaine Egon KORB-MüLLER
Lt. de Rés. Richard ANGERER Lt. Richard STIEHLE
Lt. Heinrich HOFMANN Lt. de Rés. Karl NONNENMACHER
Off. Suppl. Hans STREHLE Mar. d.logis chef Martin LINDNER

 

7. Compagnie
8. Compagnie
Capitaine Albert LEUCHS Capitaine Georg BäRMANN
Lt. de R. Theodor ENGELHARD Lt. de Rés. Martin SPERER
Lt. Leonhard ROSSKOPF Lt. Franz NEUMAYR
Mar.d.logis chef Karl GABLER Off. Suppl. Georg SEUBERLING
  Off. Suppl. Eugen WAGENSEIL



Section de mitrailleuses : Lt. Karl GRAU

Le 21 Janvier à midi, 13 h.25 et 20 h.18 les lourds convois de transports se mirent en marche, d'abord en direction d'Ulm d'où ils repartirent dans la nuit après une halte de deux heures. Destination inconnue. A Sigmaringen il fut clair que le voyage prenait la direction du sud et vers deux heures du matin les sentinelles emmitouflées dans des fourrures blanches et les grands sapins chargés de neige nous révélèrent que nous nous trouvions dans la Forêt Noire. Au lever du jour nous roulions à grande vitesse vers Offenburg et Freiburg, à 11 h. environ nous avons franchi le (canal du) Rhin près le l'Ile Napoléon et vers midi nous avions atteint Mulhouse notre but.

2. Dans les Vosges - 22 janvier au 2 juin 1915

L'état-major du régiment pris ses quartiers à Modenheim I.R./19 à Illzach et II./R.19 à Kingersheim. Les jours suivants, furent consacrés à perfectionner la formation des troupes notamment dans le tir de combat bien que le matin le sol fut fortement gelé. Le tonnerre de la canonnade venant de la direction de Cernay, les traces des lourds combats qui avaient eut lieu au mois d'août 14 ici même et surtout les nombreuses tombes d'amis et d'ennemis partout dans les champs ainsi que les blessés dirigés journellement sur Mulhouse en provenance du ‘'trou de la mort'' et les prisonniers français, laissaient présager du sérieux de la tâche qui nous attendait.

Le 4.2 déjà fut donné l'ordre de départ vers Feldkirch de l'état-major et le I./R.19 pour être incorporé dès le 5.2 à la 42. Brigade de cavalerie sous les ordres du général de brigade prussien Heidborn, II./R.19 suivit le 5 au soir.

Les combats de position au sud du Vieil Armand dans les alentours du Rehfelsen, Sandgrubenkopf et Hirtzstein furent la première occasion où le jeune bataillon eut à faire preuve de son courage et de son endurance devant l'ennemi. Car le terrain était très raide et rocailleux, la position tactique loin d'être clarifiée et la ligne tenue jusqu'à présent par les chasseurs prussiens 8, landwehr 40, uhlans 15, loin d'être consolidée. En plus le temps hivernal, souvent pluvieux, l'approche par une pente très raide et sous le feu d'artillerie à partir de Hartmannswiller, la difficulté du ravitaillement, les chasseurs alpins comme ennemis, furent les éléments auxquels la troupe du faire face et qui demandèrent beaucoup de volonté et sentiment du devoir à accomplir.


L'engagement du bataillon Veith (I./R.19) eut lieu dans la nuit du 5 au 6.2 sans pertes ; bien qu'une attention soutenue et le plus grand calme aient été recommandés, la compagnie de chasseurs cyclistes 8 relayée, se retira en chantant leurs 100 lanternes sourdes allumées. Suivirent l'engagement du bataillon Neuhierl (II./R.19) le commandement du bataillon de la 7e et 8e compagnie dans la nuit du 7 au 8.2., de la 5e et 6e dans la nuit du 9 au 10. L'activité des compagnies consistait tout particulièrement dans la consolidation d'une meilleure ligne de front et la reconnaissance du terrain. Concernant ce dernier point la bravoure des patrouilles du caporal Sigelhofer 4./R.19 contre 908 le 7.2., par la suite celle sous Lt. Küspert, Lt Rosskopf et le vice sergent major Flierl avec 5 groupes de la 4e et 3 groupes de la 7e et 8e compagnie le 8.2 ainsi que sous Lt. Lindner et Lt. Rosskopf avec des hommes de la 3e et 7e compagnie le 10.2 au Silberbachgrund vers la hauteur 908 et le blockhaus français dans la forêt de Wattwiller, furent couronnées de succès. Ces actions ne furent pas exemptes de pertes, ainsi le Lt Küpfert du abandonner deux hommes tués devant les lignes ennemies, le Lt Linder lui-même blessé perdit son caporal Hützl, le sous-officier Meiler, chef de la patrouille de la 5e compagnie qui avait été envoyée le long du chemin du Molkenrein ainsi que le fantassin Glas laissèrent leur vie le 12.2.

Toutefois la situation et la force des lignes ennemies purent être clairement établis et les chasseurs alpins en face subirent des pertes conséquentes. Le fait que les postes de la 4e Cie purent ramener le 9.2 dans les lignes allemandes deux chasseurs alpins français blessés un sergent et un chasseur du 7e Chasseur à pied, nous fut très utiles, ainsi purent être vérifiés les résultats de nos reconnaissances du 8.2 et nos patrouilles du 10 et 12.2 purent profiter de précieuses indications. Les compagnies se montrèrent dignes de leur tâche et le parfait esprit qui régnait chez les officiers et hommes de troupe se manifesta également lors des patrouilles et des actions individuelles, comme celle dans laquelle s'illustra le Lt Lindner qui, bien que blessé à la main et au dos, avec l'aide du fantassin Drechsel et soutenu par les tirs du fantassin Ohlinger, tous les deux du 3./R.19, parvint à ramener quoique mourant son caporal Hützl. Le 12 la relève fut ordonnée pour les nuits du 12 au 13 et du 13 au 14 et lorsque les bataillons, bien qu'ayant eu 5 morts et de nombreux blessés, parmi ces derniers 2 officiers, le capitaine Bärmann de la 8e et le lieutenant Lindner de la 3e compagnie, quittèrent la brigade prussienne, le commandant, général de brigade von Heidborn, fit publié l'ordre du jour suivant : " Pour le départ du régiment qui quitte la 42. brigade de cavalerie, je remercie tous les officiers et hommes de troupe pour les services éminents que le régiment a rendus dans le secteur sous mes ordres. Les meilleurs voeux accompagnent le régiment. Je souhaite qu'il soit fait état de ce qui précède auprès de la division et de la brigade, pour que les chefs supérieurs du régiment soit informés de la valeur de son engagement ".


Le transfert du régiment par train depuis Bollwiller dans la nuit du 13 au 14, c'est-à-dire de l'état major à Herlisheim dans le château, résidence du ministre de la guerre ultérieur Von Scheuch, du I./R.19 à Husseren et Eguisheim et de II./R.19 à Herrlisheim et Voegtlingshoffen, nous apporta quelques jours de repos. Toutefois, dès le 14.2 dans l'après-midi, le capitaine adjudant de brigade Von der Tann nous fit part de nouvelles directives confidentielles qui signifiaient pour le corps d'armée Gaede et de ce fait aussi pour notre 8e division de réserve l'engagement dans l'un des plus grands combats des Vosges.

La pression que les français, incrustés tout autour de Munster, exerçaient dans un large éventail allant vers l'est depuis le Schnepfenriedkopf jusqu'au Hürnleskopf,

pesait lourdement sur cette porte d'accès vers la moyenne Alsace. Le centre des positions françaises, comme Stegemann l'avait parfaitement illustré, était le Reichackerkopf qui contrôlait de ce fait la montée vers le col de la Schlucht et tous les chemins qui, depuis Munster, permettaient l'accès vers les vallées et les montagnes. Particulièrement bien armé et défendu, ce sommet d'une altitude de 771 m, relié au Moenchberg, Altmatt et Sattelkopf, formait une forteresse naturelle, qui semblait narguer tous les assauts. Le R.J.R.19 fut investi de la mission de l'arracher aux chasseurs alpins du général Batailles dans le cadre d'une offensive contre les lignes françaises s'étendant entre Kaysersberg et la vallée de la Lauch. Dès le 14.2 le régiment bavarois R.J.R.18 sous les ordres du commandant Danner partit à l'attaque dans la vallée de la Lauch, assailli Hilsen et Obersengern et prit rapidement Ranspach. Le R.J.R.19 prit contact, non seulement avec le bataillon de territoriaux wurtembergeois I./121 (capitaine Timmermann) positionné sur les versants au sud de Munster, mais également avec l'ennemi et fit tout son possible, par l'intermédiaire de ses commandants, pour donner à l'attaque des bases sûres, en s'entourant de tous les renseignements concernant les lignes et voies d'accès ennemies. Le lt. Küspert (4.) et le lt.Rosskopf (7.) avec le soutien du garde forestier local, le sous-officier Junt, rendirent ainsi de grands services dès le 15.2 avec leurs patrouilles.

Dans l'intention de commencer l'attaque le 17.2., I. et II./R.19 devaient transférer le 16 leurs quartiers à Wasserbourg et Soultzbach, mais l'attaque fut remise inopinément au 19 de sorte que seul I./R.19 se mit en route le 16 dans la matinée avec son paquetage de combat vers Wasserbourg par Wintzenheim et Soultzbach. II./R.19 et l'état major du régiment ne suivirent que le 17 à Soultzbach. Chaque bataillon se vit attribuer 20 mulets et les abondantes quantités de munitions, vêtements d'hiver et de montagne et matériel pour creuser des tranchées, furent acheminées le 16 à l'aide de 5 camions à Wasserbourg-Soultzbach.

Le 18.2 l'ordre d'attaque de la division fut transmis aux formations qui avaient été rattachées au régiment à savoir une partie de la 8e compagnie de réserve de sapeurs, I./Ldw 121, la batterie de canons de montagne 2, la compagnie de réserve sanitaire 8. Selon l'ordre du jour I./Ldw 121, avec le renfort d'une unité de mitrailleuses lourdes devait, chaque fois avec une compagnie, attaquer le 19.2 à 6h.30 le Moenchberg par le Steinkreuz et Fronzell, R.J.R.19 avec ¼ de la compagnie de réserve de sapeurs franchir la Fecht à Tiefenbach, II./R.19 la Fecht près de Sendenbach, et sans tarder, avec chaque fois un bataillon, passer à l'assaut du Reichackerkopf et du Sattel.


Le RJR.18 renforcé par la compagnie de réserve cycliste 8 et la moitié de la compagnie de réserve de sapeurs, en venant de Landersbach et Sondernach, devait franchir la Fecht à Metzeral à 6 h.30 et conquérir le Altmattkopf et Sattelkopf ; I./R.J.R.22 par contre avec un peloton de mitrailleuses de la compagnie de skieurs, 1/4 de la compagnie de réserve de sapeurs 8 et deux pelotons de mitrailleuses lourdes devait assurer, à la suite de RJR 18, la protection et le barrage des routes menant de Metzeral vers le sud et l'ouest et faire des reconnaissances en direction du Hohneck, pendant que le groupe de combat à leur droite, sous le général de brigade Sonntag, comprenant entre autre le commandement de la brigade d'infanterie de réserve bavaroise, le RJR 23 et deux bataillons de territoriaux du régiment d'infanterie wurtembergeois 121 devait à 6 h. du matin par le Hürnleskopf et le Barrenkopf, partir à l'attaque, prendre les positions françaises près de Soultzeren et Stosswihr et arrêter les français sur tout le front jusqu'à ce que l'attaque de la 15e brigade d'infanterie de réserve (Freiherr von Pechmann) ait atteint son but. Tout avait été mis en oeuvre pour une assistance efficace par l'artillerie de montage et l'artillerie de campagne lourde, ainsi que des communications téléphoniques et des observations et informations à partir de ballons et d'avions. Ils devaient intervenir dans la ligne d'attaque du R.J.R.19, notamment 2/3 batterie de montagne 2 - Riedel - à partir du Krähenberg et groupe d'artillerie Rettig en direction des versants situés au sud et sud-est en face du Reichackerkopf. Dans le terrain difficile un succès n'était possible que sous l'effet de la surprise. Toutes les formations reçurent l'ordre de faire usage de lumière avec le plus grand calme et avec prudence ; des mesures très strictes furent prises concernant barrages et fouilles dans les localités entrant en ligne de compte.

Le 18.2, laissant derrière eux tout ce qui était inutile dans leurs bagages, les deux bataillons quittèrent Wasserbourg et Soultzbach en direction de la croisée des chemins au sud-est de Ried, où le matin 200 pièces de matériel pour le creusement de tranchées avaient été apportées par le bataillon I et où les deux officiers de renseignement Lt. Küspert et Roskopf attendaient leurs bataillons. Le temps était sec mais il soufflait un fort vent du nord-est et bientôt, avec la tombée de la nuit et après le franchissement de la crête, sur les versants exposés au nord on rencontrait des plaques de verglas où des groupes entiers, surtout ceux avec les mitrailleuses, les infirmiers avec leurs civières, les bêtes de somme et les chevaux firent des chutes souvent graves, en outre dès 7 heures du soir il faisait tellement noir qu'on ne voyait plus sa propre main devant les yeux. En bref, cette marche se révéla extrêmement pénible et bien que le I./R.19 n'atteignit le Stemlisberg qu'à 9 h.10 du soir et II./R.19 Oberbreitenbach qu'à minuit 15, cette arrivée au but fixé peut être considérée comme une performance. L'état major du régiment avait rejoint I./R.19 et trouva dans des locaux exigus et froids au Stemlisberg un logement de fortune.


Le 19.2 à 6 heures du matin il fallu repartir. L'état major du régiment atteignit par un long chemin rocailleux, sous la conduite d'un jeune berger, d'abord Eckersberg et après une courte pause Breitenbach où sifflaient déjà de temps à autre des obus tirés depuis le Reichackerkopf entre les maisons. Entre temps I./R.19 et II. avaient franchi la Fecht, soit par des ponts soit à gué, à Breitenbach et Sendenbach, et s'étaient avancés rapidement en direction du Reichackerkopf et Sattel par le Katzenküpfel et Stocka. I./R.19 avec sa compagnie du centre (3. Kollmann) avait atteint à 7 h.30 sans perte la lisière de la forêt au nord du Katzenküpfel lorsqu'elle se trouva soudain dans la pente raide de la forêt devant une ligne de troncs et de barbelés sous un feu nourri qui ne venait non seulement d'en face mais également du flanc droit, ce qui rendit extrêmement difficile la progression vers le Moenchberg, de la 4e compagnie (capitaine Seitz) qui venait de Oberwida à l'est du Katzenküpfel, et leur infligea de lourdes pertes.


Le Lt. de réserve Bernheimer (4.), l'officier suppléant Micheler (3.), le sous-officier porte drapeau Josef Schmid de Kornau près d'Oberstdorf, qui mourut le drapeau à la main aux côtés de son commandant chef de bataillon Veith, furent parmi les premiers à tomber au champ d'honneur. Bien que la 4e compagnie ne réussi pas à avancer plus loin, malgré le soutien qu'elle devait recevoir du régiment par la section Einberger (I./R.19) partie du Fronzell, et que la 2e compagnie (Lt. Auffhammer), qui avançait sur l'aile gauche de I./R.19 au Klängle, ait été en position délicate sous les tirs provenant de face et des côtés à travers les branchages, la 3e compagnie parvint à progresser sous le feu ennemi et à prendre d'assaut la position fortement défendue d'un poste d'observation près du chemin 300, au sud du Reichackerkopf. La preuve de la sûreté de tir de nos coriaces Souabes et Bavarois, malgré tous les efforts physiques et le danger de mort, étaient les 25 chasseurs alpins du 51. Bataillon de chasseurs alpins français morts d'une balle dans la tête à leurs postes de tir aménagés derrière les barricades faites d'énormes troncs de sapins.

Pendant ce temps l'aile droite de II./R.19 avec les compagnies 5,6,7, partie du Sendenbach par Roth et Obereck, était parvenue à 300 m du Sattel. Comme en même temps que ce résultat très favorable, la prise du Moenchberg par I./L.121 fût annoncée et que R.J.R.18 avait atteint le Altmattkopf, l'état major du régiment était en droit de pouvoir espérer une victoire imminente. La déception fut d'autant plus amère quand quelques heures plus tard il s'avéra que ces deux dernières annonces étaient fausses et qu'en même temps II/R.19 fit savoir : " prise du Sattel et du sommet impossible, obstacles trop importants, notre artillerie tout à fait inefficace, trois compagnies ennemies sur notre flanc gauche ; me retire avec le bataillon de quelques centaines de mètres et fléchi le côté gauche du front vers l'ouest ", de ce fait l'état major se trouva dans une position très délicate car ne disposant d'aucune réserve disponible dans l'immédiat.


Il pouvait être 7 h. du soir, alors qu'était évoqué la nécessité de faire appel à des réserves de Munster et une renforcement des tirs d'artillerie en direction du Reichackerkopf, Klängle-Sattel et Sattelküpfchen, que tomba la bonne nouvelle libératrice de I./R.19 : " Détachement Kollmann - 3./19, Section Schuster 2.19, Section Anodé et Furst 4./19 - Section de mitrailleuses Keim et 6 hommes R.P.R.8 - ont pris ce soir à 6 h.45 le Reichackerkopf ; l'ennemi s'est retiré direction nord et nord-ouest ; la position est tenue et fortifiée ". Par ce fait, le point dominant entre la grande et la petite Fecht à l'ouest de Munster était pris et la décision spontanée, vers 4 h. de l'après-midi, du Lt. colonel Kollmann ensemble avec le Lt. colonel Keim et les chefs de peloton présents de prendre encore le même jour le bastion, malgré les combats et les efforts qui avaient précédés, restera pour les chefs et la troupe une page glorieuse dans l'histoire du R.J.R.19. Que l'assaut fut couronné de succès est dû essentiellement à la section de mitrailleuses Keim dont l'action ce jour là, rien que sur le plan physique, était admirable. Les sous-officiers Mac-Carty comme éclaireur, tirailleur Geyer comme agent de liaison et le caporal Albrecht comme guide de tir, se sont distingués par leur cran et leur habileté.


Entre temps la nuit était tombée froide et humide recouvrant de son linceul noir amis et ennemis, parmi ceux qui avaient laissé leur vie il fallait compter 3 officiers (le Lt. de réserve Bernheimer (4.), l'off. suppléant Micheler (3.) et l'adjudant Lt. Gabler (7.), 8 sous-officiers et 30 hommes, parmi ces derniers le fantassin Josef Müller (5.) qui voulu sortir son camarade blessé des lignes de barbelés devant le Sattelkopf ; parmi les blessés plus ou moins graves, qui durent être évacués figuraient 3 officiers (Lt.Lindner (3.), Lt. de rés. Angerer (5.), Lt. Rosskopf (7.) 1 officier suppléant (Merwald) et 179 sous-officiers et hommes de troupe.

Porte drapeau Joseph Schmid avec le drapeau du 1er Bataillon en main, tombé le 19.02.1915.
Ci-dessous sa tombe dans le Cimetière allemand du Krähenberg à Breitenbach.


La nuit du 19 au 20 se passa sans combat mais également sans repos. Les troupes qui avaient pris position sur les hauteurs devaient chercher un abri précaire contre le froid très vif et dans la vallée, au Tiefenbach, chez l'état major du régiment et tout à côté au poste de premier secours, le souci du lendemain pour le ravitaillement et le transport des blessés était source de grande tension. En outre plusieurs nouvelles formations arrivèrent dans la nuit au R.J.R.19 : artillerie de montagne, mitrailleuses lourdes, blindés, II. Batl. R.J.R.22 du commandant Braun, ½ I./R.J.R.22 du commandant Eisel ; il ne pouvait donc être question de repos avec le va et vient incessant des blindés entre Munster et Metzeral qui, selon les ordres reçus, mitraillaient les positions retranchées qui étaient encore entre la main des ennemis au nord du Fronzell et au nord de Muhlbach.

Pour le 20.2 il était prévu de conquérir dans un premier temps le terrain appelé ultérieurement Sättele et Sattelküpfle à l'ouest du Reichackerkopf,

de là avancer plus loin en direction du nord et partant d'une ligne nord-ouest en bordure du Moenchberg-Brochacker et terrain au sud du Rosselwasen, menacer l'importante voie de communication principale ennemie venant du col de la Schlucht, et soutenir efficacement les troupes engagées à partir d'une ligne Kleinkopf-Hohrodberg-Hohrod vers Soultzeren-Eck-Hagel. Bien que soutenu par un feu d'artillerie intense d'une heure au Moenchberg, Sättele et Sattelküpfle et malgré toute la bravoure, notamment de 5./R.J.R.23 (Cap. Metzner) le but ne fut pas atteint, car depuis des positions invisibles dans les pentes au nord-ouest du Klängle, les attaquants furent pris sous le feu de tirs d'infanterie sur leur flanc et dans leur dos. Quand arriva le soir on se vit dans l'obligation de retirer vers l'arrière près de leur point de départ, pour se mettre à l'abri, les 5. et 6./R.J.R.22 qui s'étaient le plus avancés vers le Sättele. Une éclaircie fut la nouvelle parvenu vers midi annonçant que le Bretzel et Widental, incendiés par la batterie de Grauvogel, étaient occupés depuis 10 h. par I./L.121 prêt à avancer direction Stosswihr.


Le 21.2 le R.J.R./19 avait pour mission d'atteindre le but qui avait été fixé pour la veille et le groupe de combat de Braun II./R.22, ½ I./R.22 et I./R.19, soutenu vigoureusement par l'artillerie, reçu l'ordre de prendre le Moenchberg. Mais la densité de la végétation et le terrain accidenté du Moenchberg rendaient le commandement et la vue d'ensemble très difficiles et malgré tous les efforts 300 m de terrain à peine avait été conquis lorsque le soir arriva. La situation était particulièrement difficile par le fait que l'attaque commencée à 2 h. de l'après-midi fut prise sous le feu de tireurs cachés dans les arbres et subit de lourdes pertes, morts et blessés graves, notamment un grand nombre de gradés éprouvés, entre autres les commandants von Falkenhausen, Schilling +, Metzner +, Lt. Seit +. Le capitaine Scholler fut grièvement blessé et c'est grâce à l'abnégation et à l'énergie du caporal Voigt I./R.19 qu'il pu être ramené et sauvé.


Il ne restait rien d'autre à faire que de tenir la ligne atteinte, profiter de la nuit pour retirer le gros des compagnies qui étaient sans chef et de réorganiser les formations. Heureusement ceci réussi. Entre temps le Sattelküpfle avait été occupé par les ½ sections 5., 6. et 7./R.19 grâce aux observations et à la détermination du sous-officier Wiehl (5.) avec le fantassin Bernstorf (5.). Le 22.2 le commandant du R.J.R.19 pris l'assaut du Moenchberg personnellement en main et ordonna un tel déluge de feu à partir de 11 h.45 du matin sur la forêt du Moenchberg, par les deux canons de la batterie Grauvogel, qui avaient été amenés dans des conditions extrêmement difficiles tout près au sud de la source, ainsi que des obusiers et des mortiers du détachement Holländer, qui lui étaient subordonnés, qu'à partir de 2 h. de l'après-midi il ne restait plus " personne assis sur aucune branche ". Effectivement, les compagnies Auffhammer (2.), Kollmann (3.) et la section de mitrailleuses Keim, qui s'étaient portées volontaires, atteignirent la lisière du Moenchberg vis-à-vis du Brochacker sans aucun coup de feu ni perte.


Pour la nuit du 22 au 23, la brigade avait décidé que les ruines de Widenthal et Bretzel serviraient de cantonnement à l'état major de I./R.19 avec la 1ère compagnie et Stosswihr à l'état major du régiment ainsi qu'à celui de II./R.18, I./R.18 et 2./R.22 ; mais du fait que dans cette localité la bataille pour le Kilbel faisait rage, comme le bruit des combats l'attestait, l'état major du régiment, sous sa responsabilité, pris la décision de rester à Munster avec les troupes qui l'accompagnaient. Pendant la nuit la brigade fit savoir que pour le 23.2 il était prévu, en ce qui nous concernait, un assaut général contre la ligne Soultzeren-Ampfersbach-Sattel et que le régiment devait détacher un bataillon qui devait être arrivé au plus tard à 6h.30 au Hohrodberg à la disposition du général Von Sprüsser. Le régiment désigna pour cette mission le commandant Lochner avec I./R.19 au Bretzel, 1./R.18 et 1 et 3./R.22 à Munster et après que ce bataillon se mit en route à 5 h. du matin, en laissant 3./R.22 par erreur en arrière, l'état major du régiment, qui n'avait eu que très peu de repos, quitta également Munster et arriva vers 7 h.30 du matin au poste de commandement de la veille au Reichackerkopf, au-dessus de la source, en compagnie de l'état major de 1./R.19 et 3./R.22.

Le temps était clair et sec et pendant la matinée, qui fut calme sans combats, on pouvait non seulement admirer les montagnes encore couvertes de neige mais également observer l'astucieux système comprenant blockhaus, postes d'observations, obstacles, barrières de tronc d'arbres, tranchées etc., qui avait été mis en place par nos ennemis en quelques mois seulement. Un dispositif défensif raffiné à la lisière des forêts au nord et à l'ouest de Schp. (sic) au nord-ouest du Fronzell et un poste d'observation enfoui dans le versant sud-ouest du Reichackerkopf près du point 33, permettant une vue illimitée sur Munster - La Forge jusque dans la plaine d'Alsace, frappèrent particulièrement nos esprits.


Dans l'après-midi un peu par surprise vint l'ordre de la division : Groupe Jaud - à présent 1./R.19 (sans 1. et 4.), II./R.19, 8./R.18 et 5./R.22 doit sans tarder se joindre à l'attaque générale de la division contre Soultzeren- Ampfersbach. Rapidement un groupe de combat Veith fut formé avec 8./18, 5./22 ainsi que 2. et 3./19, qui venaient de relever 7. et 8./22 à l'orée de la forêt, et la section de mitrailleuses Keim venant du Tiefenbach, avec l'ordre de se tenir prêt avec l'aile gauche au carrefour au nord-est du Moenchberg et en s'élançant de là, gagner la cuvette et les hauteurs au sud-est de Looch ; pendant ce temps les compagnies R.J.R.22 et de mitrailleuses, qui se tenaient cachées en face de Brochacker et plus au sud à la lisière de la forêt, devaient soutenir cet assaut par le feu de leurs tirs en direction de la limite sud d'Ampfersbach et du versant au nord de Hagel, tandis que le bataillon Neuhierl (II./R.19), renforcé par la compagnie cycliste et des mitrailleuses lourdes devait être prêt à repousser une éventuelle contre-attaque ennemie dirigée du Sattelkopf vers le Reichackerkopf. L'état major du régiment se rendit dans le coin de forêt au dessus du chemin qui longe la lisière au nord du point 25. - Enfin, après une longue attente, peu après 5 h. du soir, les premières troupes d'assaut sorties de la forêt sautèrent dans la cuvette et remontèrent vers l'autre versant. Mais ils n'arrivèrent pas plus loin dans ce vallon d'Ampfersbach qui ressemblait à un cratère en éruption et lorsque l'ordre d'arrêter l'attaque sur tout le front arriva de la division à 7 h. du soir, tout le monde respira, car la poursuite du combat sous le feu nourri venu du Sattel et Bichstein ainsi que le fort contingent d'infanterie occupant Ampfersbach, auraient entraîné de lourdes pertes inutiles.

Pendant ce temps 4./R.19 avait pris le Kilbel au courant de l'après-midi après trois heures de combats de rue et de maisons, la section Küspert avait fait prisonniers 70 chasseurs alpins dans la villa de l'usine

et était en train de partir à l'assaut de Schirbach depuis le réservoir d'eau lorsque l'ordre d'arrêter le combat lui parvint de la division de sorte que le capitaine Seitz pris la décision de retourner dans les positions en bordure ouest du Kilbel. - Bien que le but fixé par la division n'ait pas été atteint, un front apte à être défendu avait été créé sur une ligne qui allait du Mittelbühl par la limite ouest du Kilbel, le Sattel jusqu'à Stocka, permettant de reconstituer enfin des formations homogènes et apporter un peu de repos à une partie au moins des troupes épuisées.

Le secteur R.J.R.19 qui allait du Rebberg au Stocka fut aussitôt divisé en trois parties, le commandant Lochner fut placé à la tête du secteur de droite qui allait du Rebberg jusqu'au coin de la forêt du Moenchberg, le commandant Veith à celui du milieu jusqu'au Klänglesssattel compris, le capitaine Leuchs (remplaçant le commandant Neuhierl malade) à celui de gauche jusqu'à Stocka. I./R.19 occupa de nouveau le Reichackerkopf dès le 24.2. L'état major du régiment, qui après le combat d'Ampfersbach, était stationné à Stosswihr y subit des tirs ciblés d'artillerie et se replia encore dans la soirée du 25 sur le hameau de Weier, il le trouvèrent en grand désordre et plein de détritus, après une assez longue présence de troupes françaises.


Le 27.2 la position qui se trouvait encore de ce côté de la grande route vers Soultzeren fut avancée durablement et sans difficulté vers le réservoir et à l'ouest de l'église du Kilbel. - Le 28.2 à 2h. de l'après-midi, le commandant de brigade Freiherr von Pechmann, en compagnie de son adjudant Frh. Von der Tann apporta personnellement de la division l'ordre d'une attaque de nuit générale contre la ligne Sulzeren-Schirbach-Ampfersbach-Brochacker ; cette attaque devait commencer le 1.3 à 1 h. du matin, toutes les montres mises à l'heure. Le temps pour exécuter cet ordre était extrêmement court pour la transmission des directives compte tenu des journées encore courtes et des difficultés liées au terrain accidenté. Bien que le commandant du R.J.R ait formulé des réserves, rien ne fut changé à ce plan et dès 3h. de l'après-midi une communication verbale parvint à tous les chefs, suivie à 7 h. du soir d'un ordre écrit détaillé aux trois bataillons.

Ainsi l'attaque devait débuter à 1 h. du matin à l'aile gauche de la compagnie Kolb, depuis la position à l'ouest du Kilbel en direction de Schlirbach, avec 5./R.19 et 12./b.L.J.R.3, la compagnie Seitz 4./R.19 devait s'élancer en même temps de la lisière de la forêt par Brochacker, Schweiget et Remlooch et 6. et 7./R.18 devaient 15 minutes plus tard avancer vers Ampfersbach en partant de Hagel et Looch. L'état major arriva à 12 h.45 du matin à son poste de commandement dans l'usine de l'ouest, où régnait déjà une activité intense par la présence des équipes d'infirmiers, cyclistes, téléphonistes et hommes du 8./R 19. Le temps était triste avec de la pluie mêlée de neige. L'ennemi déclancha 10 minutes déjà avant 1 h. des tirs d'infanterie frénétiques venant d'Ampfersbach et quelques minutes plus tard avec l'artillerie du Schmelzwasen, signifiant par là que notre attaque surprise avait lamentablement échouée.


A 1 h. précise nos obus et les tirs des mitrailleuses installées dans la scierie se mêlèrent à ce déluge de feu. Mais à droite l'attaque de l'infanterie n'arriva pas à progresser par suite du feu déclanché sur son flanc, l'obscurité totale et le temps épouvantable ; comme les nouvelles arrivant des compagnies devenaient au fil des heures de plus en plus pessimistes, que le jour commençait à poindre et qu'il était à craindre qu'un retrait de 1./R.19 parvenu à 150 m devant Ampfersbach ne serait plus possible de jour sans entraîner de lourdes pertes, le commandant du régiment téléphona à 4 h.30 du matin : " Surprise et attaque échoués, demande une décision rapide, sinon retrait des troupes plus possible ". Heureusement cette annonce eut pour résultat que cette attaque précipitée pu être stoppée à temps et que les troupes purent être mises en sécurité avant l'aube. Toutefois cette nuit avait coûté 11 morts, 16 blessés et 4 disparus et n'avait pas apporté le moindre changement à la situation générale.

Les prochains jours furent uniquement consacrés à la consolidation des positions visitées à plusieurs reprises par le commandant de la division qui ne ménagea pas sa reconnaissance pour les efforts fournis par la troupe ; tout ceci contribua à l'avancement rapide des travaux entrepris tant près de Stosswihr qu'au Moenchberg et Reichackerkopf. Le 5.3 arriva enfin l'ordre de relève. Qui aurait pu reprocher aux officiers et troupes de s'en réjouir après 2 semaines ½ de combats quasi continuels et d'effervescence, sans abris, exposés aux intempéries. Dans l'essentiel la nuit du 5 au 6, les positions Rebberg-Moenchberg devaient être occupées par I/L.40 avec une compagnie b./LJR 3, Reichackerkopf et Sättele par trois compagnies du bataillon d'infanterie Landsturm Bruchsal et 2e compagnie du bataillon d'infanterie Landsturm Mannheim, des détachements appartenant aux troupes relevées devaient rester en arrière pour assurer le bon déroulement des opérations.

Dans la matinée du 5 la relève et l'instruction des hommes du Landsturm par les anciens commandants et chefs de compagnie se déroulèrent sans aucun incident. Derrière le Reichackerkopf

restèrent des détachements de 2. et 3./R.19 et derrière Sättele respectivement un détachement de 6., 7. et 8./R.19. Heureux, bien que marqués par toutes les difficultés surmontées et brisés de fatigue après la longue marche de nuit, 1/R.19 atteignit dans la nuit du 5 au 6 avec quelques compagnies à 11 h. du soir, avec d'autres à 2 h. du matin et avec les deux détachements laissés en arrière le 6 à 10 h.30 du matin, les cantonnements prévus et soigneusement préparés par le responsable des cantonnements à Hattstatt et Voegtlingshoffen, tandis que II./R.19 restait selon les directives à Luttenbach, Breitenbach et Eckersberg. L'état major du régiment R.19 qui avait quitté Weier, était arrivé à Hattstatt dès le 5 dans la soirée après une courte halte à Munster.

A l'instigation du général de brigade Veith un déjeuner en commun devait avoir lieu le 6.3 pour fêter les succès remportés et les dangers qui avaient été surmontés. Alors que tout le monde se réjouissait en prévision de ce festin autour d'une table ornée de fleurs, on entendit provenant de la vallée de Munster le bruit d'une forte canonnade et alors que l'on allait passer à table, l'alarme résonna de tous côtés et bientôt devait se rependre la funeste nouvelle : " Reichackerkopf perdu ; ordre de la division : tous en route vers Munster ". Ceci fut notamment pour les troupes qui venaient juste d'arriver à Hattstatt un coup dur qui n'aurait pu être pire ; mais que faire ? Une heure plus tard déjà, tous étaient sur le chemin du retour direction Walbach, que ce soit à pied, à cheval, en voiture ou camion, également par le train qui avait été demandé immédiatement par l'adjudant du commandant de régiment Wagner auprès de la direction des lignes de chemin de fer à Strasbourg. Jusqu'à la reconquête réussie le 20.3 du Reichackerkopf s'écoulèrent à nouveau des semaines qui n'avaient rien à envier aux peines, souffrances et dangers encourus ces derniers temps.


Effectivement Reichackerkopf, Sättele et Sattelküpfle étaient à nouveau aux mains des français et le mauvais temps qui commença au courant de l'après-midi du 6 ne contribua pas à détendre l'atmosphère qui régnait.

Les premières instructions arrivèrent à Gunsbach et Walbach à l'intention des troupes qui affluaient des deux côtés de la vallée de Munster. Ainsi, en ce qui concernait RJR 19, la 1. et 2e compagnie devaient se tenir immédiatement à la disposition du capitaine Friederizi (II.L.40) à Stosswihr, alors que la 4e fut chargée de protéger la limite côté ouest du ban de Munster, la 3e avec la section de mitrailleuses Keim fut affectée à la protection de la route près de Fronzell. Les contingents de la 6e, 7e et 8e compagnie qui étaient restés en retrait en qualité de réserve coururent de leur propre initiative au secours de la première ligne au moment de l'attaque de l'infanterie française. Grâce à eux et notamment à l'intervention de la section de mitrailleuses Grau, où le fusilier Bierl se distingua, l'avancée française ne pénétra pas plus loin. Ainsi on pouvait tout au moins se cramponner aux pentes et avec l'arrivée rapide en renfort du bataillon Von Falkenhausen (I./R.18, II./R.19, 2./R.22) et un détachement de pionniers, ont était en droit de voir arriver la nuit rassérénés.

La reconquête du Sattelküpfle était prévue pour le 7.3 à 11 h. du matin ; malgré une préparation intense par notre artillerie et l'arrivée en renfort de 1./R.23 et 3. et 4./R.19 ainsi que de mitrailleuses on ne parvint pas à avancer et II./R.19 était tellement épuisé qu'une relève était devenue absolument indispensable. Celle-ci arriva au courant du 8 et 9.3 par des éléments de LJR 25 prussien, de RJR 18 bavarois et le III/75 hanséatique, de sorte que le 9.3 le groupe du capitaine Eggers avec II./75 et 6./R.18 occupait la position sous le Reichackerkopf, et le groupe Veith avec 5. 7. 8./R.18 les positions autour du Sattel et Sattelküpfle.


Pour le 10.3 la division ordonna une nouvelle attaque en direction du Reichackerkopf et Sattelküpfle et il fut promis au commandant chef de corps RJR 19 chargé de l'opération un certain nombre de petits et grands lance-roquettes, de fusées incendiaires et de lance-flammes. La plus grande partie de ce matériel technique n'arriva où ne fonctionna pas de sorte que ce deuxième essai resta sans succès notable. Seul le groupe Veith atteignit à 7 h. du soir la crête dans le secteur ouest du Sattelküpfle. Il en fut de même le 11.3 où, avec l'appui de la section d'artillerie Holländer et de lance-roquettes, les attaques devaient être poursuivies notamment par les ailes du milieu des groupes Eggers et Veith pour la reconquête des terrains adjacents à gauche et à droite. L'épuisement des troupes par le manque de repos, le froid et la pluie était trop important. Les opérations offensives furent abandonnées les jours suivants et pour affaiblir l'ennemi seules des démonstrations importantes de force furent décidées au cours desquelles les 12 et 13.3 notre artillerie devait lancer 1.000 obus sur le Sattel, Sättele et terrains alentour, et entre 3 h.30 et 4 h. du matin l'infanterie engagée du Rebberg jusqu'à Metzeral devait prendre sous le feu de ses tirs les positions ennemies en face en poussant des hourras répétés.


Dans la matinée du 14.3 nos lance-roquettes détruisirent plusieurs barricades et abris au Sättele et à 5 h.45 du soir I./R.18 pu annoncer " les parties détruites des barricades ont été occupées par nos propres patrouilles ". Au moment où on se félicitait de ce succès arriva la terrible nouvelle que notre mortier de 21 cm, qui tirait sur le Reichackerkopf et faisait partie du 1./R.19 (Lt. Lindner), avait été atteint à trois reprises de plein fouet et que 11 hommes avaient été tués et 9 hommes blessés. La division mentionna spécialement dans son ordre du jour la tenue dont fit preuve la compagnie Lindner, bien que durement touchée par ce tragique événement.

Dans la nuit du 15 au 16, la barricade au Sättele qui avait entre temps été abandonnée par la patrouille 1./R.18, fut a nouveau occupée par deux officiers 10/75 avec une ½ section. Tous espéraient que bientôt toute la crête à droite et à gauche du Sättele se retrouverait en notre possession et qu'il serait possible de couper l'approvisionnement de l'ennemi encore installé autour du sommet du Reichackerkopf, quand le capitaine Eggers annonça à 1 h.15 de l'après-midi : " Le détachement qui occupait la barricade détruite a été attaquée de trois côtés à 12 h.45, a subi de lourde pertes et a dû se retirer. Les chefs 10./75 Lt. Warnken et Lt. Buhr sont tombés et environ 100 hommes tués et blessés ". C'était un nouveau coup dur dans la situation délicate que nous connaissions depuis le 6.3 et il fallait avoir les nerfs solides pour ne pas perdre complètement courage. Comme il ne fallait pas penser à un nouveau succès du côté sud dans les prochains jours, la division jugea que le centre de l'attaque devait davantage se porter vers le côté nord du Reichackerkopf, là où se trouvaient actuellement I. et II./RJ.23 et I./R.22 qui tenait l'ennemi en haleine et s'en rapprochait de plus en plus même si ce n'était que lentement.


Les résultats étaient tels que la division envisagea déjà pour le 19.3 l'attaque générale du Reichackerkopf. Par suite des réserves émises par le lieutenant colonel Jaud dans la villa Hartmann, le 18.3 lors de la publication de cet ordre à 1 h. de l'après-midi, l'attaque fut reportée définitivement à l'après-midi du 20.3. La division ordonna qu'en premier lieu la brigade R.J. 16 du général de brigade Jehlin attaquerait le Klänglesattel depuis le nord avec le contingent principal et avec les forces secondaires le sommet du Reichackerkopf, la brigade R.J. 15 du général de brigade Freiherr von Pechmann attaquerait en même temps depuis l'est et le sud avec le contingent principal ce sommet et avec les forces secondaires Klänglesattel et Sattelküpfle. L'assaut du Klänglesattel devait être soutenue par le feu de batteries légères et lourdes, par des roquettes et surtout à chaque fois par une pièce d'artillerie des batteries Grauvogel et Diem depuis la lisière ouest de la forêt du Moenchberg et le " chemin des chasseurs alpins ".

L'exécution de cet ordre sur le front est et sud fut confié par la brigade au commandant RJR 19, qui commença à se diriger avec le soutien de nombreux pionniers de la compagnie de pionniers de réserve 8 , des troupes d'assaut 2. et 3./R.19 et de la section de mitrailleuses Keim vers le Reichackerkopf, III./75 vers le Klänglesattel et II.R.19 vers le Sattelküpfle. A 1 h. de l'après-midi, selon le plan, sur l'aile gauche à tour de rôle chaque détachement en qualité de colonne d'assaut devait se précipiter sans tirer sur les tranchées ennemies du Reichackerkopf, en moyenne à peine distantes de 20 m, et après avoir atteint ce but, main dans la main avec les 22e et 23e (sic) venant du nord nettoyer toute la ligne.


A 1 h. de l'après-midi précise, le feu d'artillerie s'arrêta, les lance-roquettes lourds retranchés dans la cuvette au sud-est de la source se turent. Les troupes sautèrent de leurs tranchées, chaque homme non seulement armé de grenades et du fusil mais également d'un bouclier de protection ; le chef de corps R.J.R.19 avec le commandant Veith (1./R.19) attendaient à leur poste de commandement à peine 200 m au sud de la crête le signal convenu " Attention " qui devait annoncer la réussite de l'opération. Au lieu de ceci on entendait continuellement les tirs des mitrailleuses ennemies et à 1 h.30 parvint des trois compagnies la nouvelle accablante : " Violent feu de mitrailleuses sur nos flancs ; nous ne pouvons plus avancer ". C'était une situation désespérante, alors qu'il était clair qu'en l'état des choses actuel un engagement des réserves 1., 4./R.19 et 4./R.23 stationnées au chemin des chasseurs alpins, ne pouvait qu'amener de nouvelles victimes et en aucun cas une réussite.


Alors qu'aucune décision n'avait encore été prise, à 2 h. environ de l'après-midi, le caporal Heinrich Lutz (3.) aperçu quelques mains levées qui sortaient de la tranchée ennemie voisine. Interprétant cela comme une demande de grâce, Lutz cria fort " Hurra, ils se rendent " et à sa droite et à sa gauche, sautant tous en même temps et reprenant son hourra, le Reichackerkopf fut pris quelques minutes plus tard ainsi que par la suite le Klänglesattel et tout le groupe à l'ouest de celui-ci. Cet instant fut pour tous les participants un des points marquants de leur vie militaire et lorsque, venant de tous les côtés par troupes, les courageux chasseurs alpins bronzés - plusieurs officiers et 250 hommes - escortés par nos braves, descendirent la côte, aucun des participants ne pu échapper à un sentiment spontané de bonheur et de reconnaissance. Malheureusement cette bonne humeur ne dura guère, vers 4 h. de l'après-midi on apprenait que les soldats qui circulaient trop librement et imprudemment sur la crête, occupés à ramasser et mettre en sécurité des armes et équipements ennemis, avaient été pris sous le feu de l'artillerie ennemie qui avait tué ou blessé gravement 20 hommes heureux de vivre encore peu avant, parmi eux aussi le vaillant chef de section lieutenant Fürst (2./R.19) et l'adjudant Lukaseder (R.J.R.23). Un coup atteignit également en plein le poste de lance-roquettes de l'adjudant Schlederer et envoya en l'air 3 lance-roquettes et 50 petits projectiles, par miracle sans dommages pour les servants.

Le jour même l'ordre du jour de la division suivant fut proclamé :

" Après quinze jours de lutte acharnée le succès fut aujourd'hui au rendez-vous, le Reichackerkopf nous appartient, nous ne le céderons plus. Il est maintenant de notre devoir de le préserver nous devrons tous nous y attacher.
J'exprime mes remerciements et ma reconnaissance à toutes mes troupes et leurs chefs qui aujourd'hui ont acquis à notre jeune division de nouveaux lauriers.
Dans une coopération exemplaire les vaillants pionniers ont facilité l'avance de ma brave et courageuse infanterie, pendant que l'artillerie toujours à l'affût a pu tenir l'artillerie ennemie à l'écart et a donné le coup de grâce à l'ennemi.
Je suis fier de ma division."


Freiherr V. Stein

Pendant ce temps de violents combats avaient eu lieu dans les environs nord de Stosswihr, au Rebberg ; dans le cadre de II./L.40 (capitaine Friederizi) 1. et 2./R.19 notamment, sous le commandement de leurs chefs Lt. Lindner et Lt. Auffhammer, avaient eu le grand mérite dans les premières heures du 7.3 de jeter hors de leurs tranchées les français et de rétablir ainsi l'ancienne ligne de front, malgré une contre-attaque des chasseurs alpins qui descendaient de l'Eichwald. Les sections Schuster, Weber et Schneider s'étaient particulièrement distinguées par leur bravoure. L'ennemi laissa sur place une mitrailleuse et près de 100 chasseurs alpins morts ou blessés. Le commandant de la division exprima également à ces deux compagnies, qui le 11.3 avaient été retirées de la brigade de Sprüsser et après une courte pose à Eckersberg, avaient pris la relève le 12.3 de II./75 au Reichackerkopf, sa reconnaissance pour leur attitude courageuse et leur action pour sauver Stosswihr.

Les nuits et jours suivants furent consacrés à la consolidation et mise en sûreté des positions reconquises, opérations au cours desquelles les compagnies de génie Offenbourg et plus tard Rastatt qui avaient été détachées auprès du régiment, rendirent des services considérables comme ce fut déjà le cas pendant les dures semaines précédentes. Pour maintenir les troupes en état de fraîcheur des relèves journalières eurent lieu. Le secteur Jaud comprenait à côté de ses hommes du 19e également les III./75 hanséatiques, les landsturm de Bruchsal et Mannheim, le 14e chasseurs de Colmar et des compagnies de R.J.R. 18 et 23. Le soir du 21.3 les courageux hanséatiques avec leur vaillant chef, capitaine de R. Eggers, quittèrent cette formation.


L'ennemi n'entreprit pas d'importantes tentatives de reconquête, par contre son artillerie de montagne et lance roquettes très actives se firent quotidiennement remarquer. Le 23.3 tout particulièrement, l'attaque d'artillerie sur Sattelküpfle et Klängle fut tellement violente que II./R.19, alors sous le commandement du commandant Veith, dépêcha : " Nous pouvons à peine nous maintenir, violente attaque. Secours indispensables ". La situation était d'autant plus délicate, qu'à Tiefenbach et environs pas une seule compagnie n'était en réserve et que bizarrement notre artillerie restait absolument muette. Dans son désarroi et inquiétude que là-haut les positions pourraient encore une fois être perdues, le commandant chef de corps du RJ.R. 19 regroupa autour de lui tous les hommes disponibles à l'état major, au dépôt du paquetage de campagne et au dépôt des pionniers - environ 35 hommes - et s'élança à midi de Tiefenbach par Obereck en toute hâte dans la pente pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé. Après environ 35 minutes, près du lieu-dit " Augsburger Hütte ",

quasiment à bout de souffle, il reçu, le message suivant somme toute réjouissant malgré l'irritation et la déception :
" Tout en parfait ordre, hors de question de se retirer, pertes relativement faibles - 9 morts, 25 blessés, -."

Le 5.4 le régiment fut déplacé vers la gauche dans le précédent secteur de RJR. 18 (de la cuvette au nord de Stocka-Rüspelwald jusqu'au Braunkopf inclus) et trouva là à nouveau largement l'occasion de construire, consolider et notamment de simplifier maint système de tranchées infiniment long comme par exemple en face de Klitzerstein et au-dessus du réservoir d'eau à Muhlbach. Même si les nouvelles positions étaient dans l'ensemble calme, elles avaient pourtant l'inconvénient d'être presque dans l'ensemble visibles depuis le Altmattkopf et susceptibles d'être prises dans le dos à partir des montagnes au sud-ouest.

Le régiment dont l'état major était resté au Tiefenbach et son poste de commandement - en alternance I et II./R/19 - à Muhlbach, resta jusqu'au 27.4 dans le secteur qui lui avait été désigné et pu profiter de sa la relative tranquillité et du soleil printanier pour guérir bien des plaies provenant du combat dans le froid et la tourmente au Reichackerkopf.

Seuls provoquèrent une grande agitation les combats qui se déroulaient dans le secteur ouest du RJR. 18 sur la hauteur 830 entre Steinabrück et Sillackerwasen et au sud du Anlasswasen, qui eurent comme conséquence immédiate la perte du Schnepfenriedkopf, du Burgküpfle et Herrenberg au nord et au sud-ouest de l'Eselsbrücke dans la haute vallée de la grande Fecht. Ce jour là, après un calme de quinze jours, se déclencha à 11 h. du matin un violent feu d'artillerie continu venant des Tännle et Altmattkopf en direction de Sillackerwasen, auquel s'ajoutèrent également en direction de nos positions, à partir de 1 h. de l'après-midi, des tirs d'infanterie nourris depuis le Sattelkpof, Klitzerstein et Altmattkopf. A 3 h. de l'après-midi le bombardement du Schnepfenriedkopf se transforma en feu roulant et les coeurs de tous les spectateurs se serrèrent en apercevant - ce qui était nettement visible depuis la vallée - les obus qui coup sur coup en s'abattant sur le sommet blanc de neige le noircirent en quelques minutes et ce qui restait du poste de guet des chasseurs de Colmar engagé à cet endroit, terré superficiellement dans la neige, dévaler vers le Anlasswasen suivis de petites troupes de français.


Les deux canons de la batterie Grauvogel, dont les caissons avaient été retournés à Munster, pourront-ils être sauvés ? Oui, ils le furent. Avec une énergie et audace exemplaires, le sous-officier Heitmayer 8./R.19, qui devait assurer avec deux groupes la couverture des canons, rassembla ses hommes, quelques skieurs du bataillon Steinitzer et quelques chasseurs du 14e. , couru à la rencontre des français et sauva par son feu et son discernement non seulement les canons mais également le Anlasswasen, en stoppant là l'attaque. La médaille de la bravoure récompensa cette belle action. - Après un bombardement violent une attaque d'infanterie eut lieu à 4 h. de l'après-midi également contre la hauteur 830. Le lieutenant de réserve Werr avec 7./R.18 résista héroïquement et malgré des pertes très importantes les braves ne fléchirent pas.

L'effroyable situation qui régnait là-haut, tout particulièrement dans la zone au nord-ouest de 830 - baptisé Winterberg - où furent envoyés dans les jours suivants coups sur coups des détachements de 3. 4. et 5./R.19, notamment Lt. Lindner(3.), Lt. Küspert, Lt. de réserve Schneider, sous-lieutenant Schmidleitner(4.), maréchal des logis chef Amodé et Jall (5.), ceux-ci donnant de nouvelles preuves de leur grande bravoure, se calma seulement le 25.4 quand dans l'après-midi le grondement de tonnerre violent venant du proche sud-est annonça la grande victoire allemande au Vieil Armand.


Le même soir arriva de la brigade l'ordre d'un regroupement de la brigade R.J. 15, celui-ci fut exécuté dans les nuits du 26 au 28.4, de sorte qu'à partir de cette dernière date le secteur Braunkopf - 830 - Sommerlitt était occupé par RJR.18, Steinabrück - Anlasswasen - Sondernach par RJR.19, Landersbach - Hilsenfirst par le bataillon de chasseurs 14. Pour le régiment ce déplacement apportera des semaines meilleures car l'activité militaire de l'ennemi n'était pas très vive et le printemps qui arrivait en force dans ce site alpestre magnifique, encore relativement préservé des combats, détendit l'atmosphère et fit renaître la confiance. De sombres forêts de sapins alternaient avec des prés fleuris, traversés de ruisseaux clairs bondissant vers la vallée. Le séjour à Sondernach-Landersbach, les deux occupés par une population dans sa nature et coutumes foncièrement allemande, dans des abris bien aménagés fut en quelque sorte une récréation, toutefois tempérée par la gravité de la situation présente et les soucis pour l'avenir.

1.R.19 avait dans l'ensemble à assurer la protection du versant raide à l'est du ruisseau de Wurmsa jusqu'à la hauteur 955,3 au dessus de l'Anlass compris, II./R.19 à côté la partie passant par Pfliegle-Winterhagel jusque Ahwäldle non compris ; mais sur la crête 3. et 5./R.19 changèrent souvent. Les états majors de I. et II./R.19 rejoignirent leurs quartiers à Metzeral et Sondernach, l'état major du régiment également dans cette dernière localité, toutefois dans une maison sans apparence dans la rue principale. La magnifique villa Immer lui avait été réservée ; compte tenu non seulement de son exposition mais également du fait qu'elle avait été occupée précédemment par le commandant chef de la subdivision, qui selon son habitude à la tombée de la nuit faisait allumer les lumières électriques de toutes les pièces sans descendre les volets roulants devant les grandes fenêtres, de sorte que de toutes les hauteurs avoisinantes les bouches à feu des canons dirigés sur Sondernach devaient être attirées comme par un aimant par la villa Immer, un cantonnement plus modeste lui fut préféré et ceci avec raison comme le confirmèrent les obus qui y éclatèrent quelques jours plus tard.


Une autre mesure, non moins importante, prise dans la nuit du 29./30.4 fut le déplacement vers l'avant hors du fond de la vallée vers la lisière ouest de Winterhagel, de l'aile gauche de 6./R.19 et de la totalité de 8./R.19, car de cette façon uniquement il était possible d'éviter que l'ennemi ne parvienne jusqu'à 150 m de la route sous la protection de la forêt, pour surgir subitement à Sondernach. L'insouciance sûrement bien involontaire dans ce domaine de nos prédécesseurs, les valeureux skieurs, fut pour nous encore longtemps l'objet d'un souvenir amusant. De ce séjour dans le secteur Metzeral-Sondernach, qui dura jusqu'au 16.5, pendant lequel un énorme travail de consolidation des lignes de défenses qui passaient par monts et par vaux, par des rocailles et d'épaisses forêts, fut réalisé et apporta à nos patrouilles une activité intense, le régiment garda surtout le souvenir des jours suivants : le 3.5 à 10 heures du soir lorsque la grande victoire sur le front Est fut fêtée avec musique, carillon de cloches, feu d'artillerie et triple hourra par toutes les troupes engagées ou au repos de la division 6. b.Landwehr et 8e division de réserve bavaroises ; le 4.5 au matin lorsque dans le brouillard qui se levait surgit devant le poste 7./R.19 une importante colonne de ravitaillement ennemie avec 9 mulets qui essuya un tir nourri ; ensuite les heures qui suivirent ainsi que les trois prochain jours où des obus lourds tombèrent sur Steinabrück et détruisirent en grande partie l'usine qui se trouvait là ; mais avant tout le 7.5 lorsque dès 7 h. du matin les français bombardèrent pendant des heures avec des obus de gros calibres la hauteur 830 et à partir de 2 h. de l'après-midi également hauteur 955,3 et les positions au-dessus de Pfliegle, suivi à 6 h. par une attaque de l'infanterie qui fut repoussée par 4./R.18 en compagnie de 18 chasseurs 14e et 3.R.19, ainsi que 3./R.19 avec de lourdes pertes ennemies.


Le 11.5 à 8 h. du soir, le poste d'écoute avancé de 3./R.19, 80 m au-dessus des premières lignes vers hauteur 1025, occupé depuis le 7.5 par les français, devait être reconquis après un léger bombardement préparatoire par la batterie d'artillerie Danzer et un lance-roquette. Le lieutenant Wichmann (2./R.19) fut désigné comme chef de la troupe d'assaut comprenant trois groupes d'infanterie et 7 pionniers. Par le fait d'une écoute probablement, il se trouvait que les tranchées ennemies étaient très fortement occupées, et malgré la bravoure du lieutenant Wichmann et de ses hommes l'opération échoua ; compte tenu du déluge de feu ennemi qui dura sans faiblir de 8 h. à 11 h.30 du soir et s'étendit au Sillackerwasen - hauteur 830, il fallu être heureux que les pertes - 1 sous-officier mort et 5 fantassins et 1 pionnier blessé - ne fussent pas plus importantes.

- Bien que cette opération ait été connue depuis la veille, une de nos compagnies avait demandé à sa colonne de 6 bêtes de somme de rejoindre Anlasswasen à 8 h. du soir, celle-ci, arrivée à 250 m du but, se retrouva en plein milieu du feu qui se déchaînait à ce moment là. Naturellement les accompagnateurs se mirent immédiatement à couvert, pendant que les mulets et ânes restèrent tranquillement sur place. Qu'il n'y eut qu'une seule bête blessée d'un tir dans une patte pendant ce feu de 3 h.1/2, relève quasiment du miracle.


Le 15.5 arrivèrent à Sondernach, le matin de bonne heure, en partie en voiture, en partie à pied, les commandants et officiers de la brigade d'infanterie prussienne de réserve 39 Rudolf et R.J.R. 73, et dans la nuit du 16 au 17, de minuit à 6 h. du matin, la relève et le retrait de pratiquement toutes les troupes de la 8e division de réserve bavaroise engagées dans la vallée de la Fecht, se firent curieusement sans aucune perte. A l'exception de la section de mitrailleuses Grau resté en position de combat et certains chefs restés en arrière, R.J.R.19 arriva encore pendant la matinée du 17 dans ses quartiers à Horbourg, Bischwihr et Fortschwihr et mit ainsi fin à une campagne de quatre mois non seulement riches en travail, émotions, privations et combats, mais également en succès. Il serait ingrat, d'oublier les énormes efforts exigés par ce séjour de quatre mois en terrain montagneux, partiellement dans la neige et la glace par tous ceux qui avaient fait partie du régiment : les officiers de santé et infirmiers, les deux aumôniers le pasteur Eichler et le père Rupert Mayer, et enfin les officiers (Ebert et Grauvogel) chargés du train, des équipements et du ravitaillement, ainsi que les sous-officiers et troupes. C'est certainement leur énergie, leur dévouement et esprit de camaraderie sous le feu des obus dans la nuit et le brouillard, la tempête et la pluie, qui permirent aux troupes de tenir.