La pierre de la Lechterwand

Cette histoire commence en 1990. Une belle pierre sculptée de motifs et de diverses inscriptions est trouvée près de la Lechterwand, en forêt communale de Breitenbach.
Daniel Roess , va nous apprendre que le nom de "Jaud", figurant en bonne place sur cet objet, est le nom du commandant du régiment de réservistes bavarois (RIR 19) qui est intervenu pendant la première guerre mondiale dans la vallée de Munster et en particulier sur Breitenbach.

Cet officier charismatique et aimé de ses hommes a laissé à la postérité le récit de ses campagnes. Ces écrits (Daniel Roess nous en a fait une copie) restituent incroyablement bien l'ambiance qui règnait au sein des troupes allemandes et nous immergent dans la terrible réalité d'une guerre.
Voir les photos du village après la première guerre Mondiale.
Vous trouvez ci-dessous une partie de ces textes traduits de l'allemand par Madame Parmentier, épouse de l'ancien directeur du Parc Naturel des Ballons des Vosges. Nous la remercions chaleureusement pour ce travail.

De même nous remercions Elisabeth Buhl de Colmar qui a également traduit une autre partie des textes ce qui nous permet aujourd'hui de pouvoir proposer l'ensemble des écrits du Général Jaud concernant notre vallée.

La pierre trouvée en parcelle 33 de la Forêt communale de Breitenbach sur le ban de Sondernach.

Voir les pages de garde et table des matières en pdf.


Pages de souvenirs des Régiments Allemand

Extraits de feuilles de routes officielles

Edité à partir des archives de l'Armée Bavaroise

Armée Bavaroise

Volume 79


Le Régiment impérial bavarois d'infanterie 19

Munich 1933


Le régiment d'infanterie de réserve 19

D'après les récits d'anciens soldats de ce régiment
rassemblés par les commandants :

Général de brigade Karl Jaud (en retraite)
et
Lieutenant Friedrich von Weech (en retraite)

avec 17 cartes et 94 gravures.

Munich 1933


Table des matières

Table des matières

Page

Introduction des archives de guerre

ND

Introduction par le Général de Brigade (en retraite) Jaud

ND

I. Partie par le Général de Brigade Karl Jaud

 

1. Neu-Ulm - Augsburg 31.12.1914 à 21.01.1915

17

Organigramme au 21 janvier1915

18

2. Dans les Vosges 21.01. au 2.06.1915

20

3. Galicie 7.06 au 27.06.1915

ND

Les positions début juin 1915

ND

4. Les Vosges 1.7.1915 au 12.7.1916

ci-dessous

(Partie traduite de l'allemand par Madame Parmentier, épouse de l'ancien directeur du Parc des Ballons)

Le Petit Ballon - Breitenbach

Historique du 19ème régiment d'infanterie de réserve bavarois (RIR 19)

(1 er juillet 1915 - 12 juillet 1916)

Dans la nuit du 16/17 (juillet 1915), nous avons bivouaqué dans le village de Wasserbourg qui était encore debout comme dans notre meilleur souvenir; dans l'après-midi du 17 nous avons atteint en silence le sommet du Strohberg

et dans la nuit du 17/18 nous avons accompli la relève des unités de réserve de l'Hilsenfirst sans être dérangé par l'ennemi.
Arrivèrent au fur et à mesure en première ligne à droite, la 1ère et la 2e compagnie, à gauche la 8e, 6e, 7e compagnie, en deuxième ligne les commandements des deux bataillons, en troisième ligne comme soussection de réserve la 3e et la 5e compagnie, et comme section de réserve auprès de l'état-major du régiment la 4e compagnie.

C'est ainsi que commencèrent les jours ensoleillés qui allaient nous permettre de reprendre des forces. Ces jours furent dépouillés de peines et de batailles et allèrent aussi nous permettre de ressentir les bienfaits merveilleux de la nature et ce de l'hiver 1915 au mois de juillet 1916.

Décrire les soldats ainsi individuellement dans ces situations nécessiterait un gros ouvrage ; ce n'est qu'à grands traits que cette vision nous est relatée.

La manière dont ils ont tous fidèlement tenu leur position, là-haut, toute une année, dans la chaleur du soleil, le froid de l'hiver, dans la tempête et la pluie, la neige et la glace, souvent dans la crainte des mines et des tirs d'obus, les a définitivement imprégnés.

La position autour de l'Hilsenfirst s'articulait autour d'une ligne d'avant poste et d'une position principale qui était constituée en majeure partie d'une tranchée qui faisait en moyenne 1,40 m de profondeur, et qui était située à environ 60 ou 80 m sous la crête du Würztenrunz au coin nord-est du sommet de l'Hilsenfirst (1275 m) amenant à une sortie vers le SE.

De cette manière, on pouvait sans être gêné dominer la situation depuis l'extrémité de la tranchée et la forte pente qui s'étirait de la chute du Langfeldkopf vers Rimbühl.
L'histoire de la ferme du Langenfeld

En général, cette tranchée faisait office d'habitation dans la mesure où ses occupants y avaient creusé des abris ornés d'encadrements de bois ; ces derniers n'offraient d'ailleurs que de médiocres protections contre les intempéries et les obus, et étaient même nettement insuffisants en cas de grosses pluies.
Divisée en deux sous-sections, la position était généralement occupée par deux bataillons, chacun composés de trois compagnies en première ligne : à droite la position de la " Wüstenrunz-Felsen-Latchenkôpfl ", à gauche celle des " Ruinen und Hilsenfirststellung ", et derrière eux, à environ 70 m de l'aile intérieure, à couvert, parallèlement à une futaie de 100 m de large, de chaque côté une compagnie représentant une sous-section de réserve avec en outre le bataillon de commandement.

Afin de lutter contre les tentatives d'écoutes de l'ennemi, on a surnommé la sous-section de droite " Füssen " et celle de gauche " Immenstadt ".
La section de réserve était située 1 km en arrière au point 1040,7, en amont et en aval de la grande route qui serpentait de la position principale de résistance à Lechterwand vers celle de Rieth et de là, montait vers le Petit BallonKahlerwasen " et par dessus le " Fachi Brunnen " (fontaine Fachi) en descendant vers Landersbach - Sondernach.

Avec cette section, il y avait aussi l'état-major jusqu'à ce qu'il se fasse construire le 24 septembre 1915 un foyer pratiquement et techniquement plus approprié par la 3e compagnie de pionniers de réserve (capitaine Moosauer, où selon le cas, le capitaine Sürgel et le personnel auxiliaire du régiment) situé environ 700 m plus au Nord-Est sous "Bockswasen".


La 2e position partait directement de la section de réserve qui protégeait aussi des pionniers, des mitrailleuses, des lanceurs de mines et de mortiers et surtout l'infirmerie, le " Bayernbad " (construit et ouvert le 20.1.16 par le médecin Dr. Silten), et tous les dépôts qu'elle renfermait ; elle se dirigeait depuis la partie plate de l'Hilsenfirst, par-dessus le pont " Fachî " jusqu'en bas vers le Langenrunz ; cette position a continuellement été retravaillée par le régiment et les formations qui lui ont été adjoints, et n'a jamais vraiment atteint son objectif qui était de protéger efficacement contre les bombardements, car le terrain était trop riche en eau et en pierres.

Plus loin encore, au fil des mois s'étirait une 3e position allant du Lângenrunz à travers la forêt communale, par dessus l'angle entre Steinmauer et Steinberg en descendant vers Linthal ; son rôle principal était de retenir une attaque surprise par dessus l'Hilsenfirst-Ebene-Steinmauer et devait de ce fait n'être résistante que dans la section Steinberg-Belchenbach. Son entretien et le bien-fondé de cette position relevait directement de la section Scheidig (venant du Krappenfels) et ce depuis le 20 septembre ; cette section était composée d'une force de 100 hommes qui s'était construit un campement au fil des mois grâce à la volonté du commandement ; et étant donné sa merveilleuse situation, à l'abri des tirs d'obus, de ses bons logis et de ses dispositions avantageuses, ce campement s'est peu à peu transformé en maison de repos pour tout le régiment. Une des questions les plus difficiles venants à l'esprit quant à ce front vosgien situé le plus au sud-ouest en hauteur étaient celle du ravitaillement.


Seuls les témoins des efforts déployés pour charrier les quantités effroyables de fils de fer barbelés, de pinces métalliques, de bois, de munitions de toutes sortes au-dessous du Kahlenwasen et du Strohberg vers les routes, et des peines et dangers subis par l'intendance, nuit après nuit, par n'importe quel temps -il leur arrivait même d'être gêné par des sapins géants arrachés par la tempête-, sous les tirs d'obus afin de pouvoir arriver avec leur " restaurant " sur carrioles tirées par des bêtes de somme à la Lechterwand ; seuls ceux-là, pourront juger de la volonté et du sens du devoir, de la fraternité nécessaires pour mener à bien ce genre d'actions.

Ce qui était vrai pour le ravitaillement l'était aussi pour l'achèvement de la position. Cette dernière, en raison de toutes ses ramifications, ses pièces antigrenades, ses tunnels, ses coins et ses recoins, ses fossés de ralliement couverts ou découverts, ressemblait de mois en mois plus à un labyrinthe dans lequel seul un " autochtone " pouvait s'en sortir, C'est là que, jour et nuit, on creusait, construisait, faisait exploser et camouflait ; la force de travail nécessaire pour charrier laborieusement des milliers de troncs de la forêt, par seulement 12 à 16 hommes vers cette position située à environ 300 m au-dessus, parait ici incroyable.

C'est sans doute grâce à cette énergie de fer et à ce travail systématique que chacun, au fur et à mesure, a pu prendre conscience des fruits que cela avait portés : non seulement de la protection, mais aussi d'une certaine commodité dont ils pouvaient jouir ; cette commodité leur faisait probablement penser non sans nostalgie à leur mère patrie, mais quand ils se faisaient tirer dessus par de gros calibres, que les flans et le dos du Grand Ballon, du Klinzkopf, du Breitfirst, du Nonzelkopf, du Plâtzerwâsel, du Schepfenried, du Gachney etc... étaient attaqués, et que proportionnellement, ils n'éprouvaient que peu de pertes, même lorsqu'ils ont eu à subir les violentes tempêtes de neige à partir du 12.11.15, suivies encore de fortes pluies, nos braves hommes résistants savaient très bien qu'ils pouvaient faire confiance à leur poste et que cela n'était dû qu'à leur dur labeur.

Il faut aussi reconnaître la volonté de tous les officiers et de tous les gradés d'active du régiment, -en particulier le soutien technique du major L. Ruschel, de nos infatigables pionniers sous le commandement des capitaines Moosauer et Schmetzer , des lieutenants R. Winter et Schônle, qui méritent eux aussi notre plus haute reconnaissance.

Les points les plus menaçants et ceux pour lesquels on se battait le plus étaient, d'un point de vue tactique, les cinq petits postes, à droite depuis le Felsen jusqu'au Latschenkôpfl, et à gauche, la position des ruines (Ruinenstellung). Lorsqu'un bombardement avait lieu -et il fallait petit à petit y compter quotidiennement-, le feu ennemi attaquait encore et toujours ces lignes.

En conséquence de quoi, certaines tranchées s'effondraient pour n'être plus qu'un tas de ruines, et pour supporter ces tirs effrayants, comme ceux qui ont eu lieu par exemple les 15, 22 et 28 décembre 1915, les 24 et 27 avril et les 13 et 30 juin 1916, mais aussi la nuit de Noël (aux douze coups de minuit) et le jour du Kaiser 1916 (à 3h45 de l'après-midi avec une violence primitive par-dessus le Hilsenfirst), il fallait avoir des nerfs très solides, d'autant qu'en cas de répit exceptionnel, il fallait en plus écouter et ressentir tout ce qui se passait dans les secteurs voisins du Nord et du Nord-Est.


On ne pouvait ressentir que de la compassion lorsque les tirs menés feu roulant des semaines durant, jour après jour comme ce fut le cas le 22 août 1915, tombaient en chaîne sur nos camarades au Reichackerkopf, au Schratzmânnele, au Linge, au Barrenkopf, ou encore le 26 août 1915 sur la position du Maettle à l'ouest de Landersbach ainsi que sur les positions de Mühlbach et du Pavillon (Kefeil); on ne pouvait s'empêcher de penser que nos camarades ne supporteraient pas cette situation.
Toutes ces contrariétés faisaient que chacun des dégâts visibles infligés à l'ennemi était vivifiant.

Une joie réelle et sincère régnait partout lorsqu'il arrivait à nos tireurs d'élite et à nos patrouilles de surprendre et d'abattre certains Français trop imprudents sur leur poste d'observation ou lorsqu'ils voulaient remettre en état ce qui avait été détruit ; cette joie se ressentait aussi lorsqu'on détruisait un blockhaus ennemi, le calcinait et le faisait sauter ; ou lorsque le vice-feldweibel strasbourgeois Fischer s'approchait avec son canon-revolver comme il le fit au matin du 13 et du 25 octobre 1915, à environ 50 m des constructions de sape de l'ennemi devant la ligne d'avant-poste et fit voler en éclats l'ouvrage constitué en forme de cube avec des sacs de sable.

Ce n'était pas moins le cas, lorsqu'il s'agissait d'enlever l'envie au Français de nous harceler. C'est pourquoi, notre section " Rettig " était prête à intervenir à tous moments. Mais pour des raisons de nécessité, elle s'était engagée aux côtés des obusiers de la batterie " Danzer " et des canons de la batterie " von Grauvogel ", mais aussi aux côtés d'autres batteries de campagne (Feldbatterien), avec des obusiers de 15cm, ou avec notre meilleur ami qui oeuvrait dans la 2le " Dorczkli " unis à nos mines lourdes et légères.


De même, il faut saluer le succès décisif lorsque, grâce à la 2ème compagnie du 1er régiment d'infanterie à l'arrière du Wüstenrunz, on a découvert une des positions arrière les plus importantes des Français - qui permettait de voir leurs troupes à l'oeil nu, ce qui a permis, grâce au poste d'observation de la batterie " Danzer " de leur envoyer des semaines durant des "saluts d'airain exterminateur".

C'est en partie grâce au Lt. Kollmann du RFA 8 qui a érigé son PC d'artillerie sur la partie Est du versant sud du Steinberg, mais aussi grâce au choix judicieux pour le poste d'observation situé sur le versant sud de cette montagne que nos batteries pouvaient travailler de façon rapide et sûre.
On a ainsi établi une grande camaraderie et une grande confiance grâce aux contacts réguliers entre le commandement de l'artillerie et celui de l'infanterie en place. On ne pouvait rêver de situation plus idéale.

En compagnie du RIR 19 ainsi que du RIR 18 qui ont été positionné le 13.5.1916 en trois bataillons par le bataillon Schierlinger -d'une force de 23 officiers, médecins, fonctionnaires et 919 sous-officiers et hommes de troupe-, les régiments d'infanterie 187 et 188, la compagnie cycliste de réserve Nr.8, et occasionnellement le bataillon RIR 18 et le bataillon de montagne wurtembourgeois (Major Sprôsser) ont réussi à tenir longtemps là-haut sur l'Hilsenfirst.

Grâce à cette situation, et souvent après plusieurs mois d'attente, la relève au sein des bataillons et des état-majors etait rendu possible. Cette présence éprouvante là-haut, pleine de responsabilités, a permis le développement pendant les semaines de repos en bas à Soultzmatt et à Westhalten, mais aussi à Rouffach et au château d'Isembourg, d'un sentiment de camaraderie que personne ne pourra jamais oublier.
L'accueil chaleureux dans des bons quartiers, l'enlèvement des poux, les bains répétitifs, le lavage et la remise en état du linge, de l'uniforme et de l'équipement, l'organisation de fêtes en toute camaraderie avec tirage de lots, des rencontres sportives, des visites de Colmar, des exposés clairs et précis, surtout ceux du feldweibel Halter, mais plus tard aussi les dessins du peintre Lechner et les écrits de Drechsel dans les journaux de tranchée "Schutzgraben " et " Sappe ".

Tout ceci contribuait dans cet environnement à travers des exercices officiels et stimulants -même dans des portions du front qui semblaient être plus calmes, tels que le Judenhut et plus au sud la prévôté de Linthal- à faire que le corps et l'esprit pouvaient se remettre rapidement ; de ce fait et au plus tard en 15 jours exceptionnellement en trois semaines de repos, on arrivait à avoir une troupe requinquée de l'extérieur comme de l'intérieur pleine d'allant qui retournait vers la montagne en chantant.


Il y aurait encore beaucoup à dire sur la période Juillet 1915-1916 par exemple de la construction d'une ligne à haute tension sous le commandement énergique de l'officier Stellv.
Kiesel , de la conduite exemplaire de Fried à la tête de son équipe téléphonique pour rétablir les lignes qui étaient quotidiennement dérangées par les obus, et des deux prêtres de la division à savoir le père Ruppert Mayer et le curé Eichler qui par toutes les saisons arrivaient à nous sensibiliser sur la seule richesse de l'Hilsenfirst, depuis la gelée blanche qui provoquait des spectacles naturels grandioses, aux splendides baies délicieuses.

Aussi, tout ce qui a été relaté chronologiquement devrait suffire à ramener à nos esprits, comme par magie, cette image d'une année en tous points exceptionnelle, et nous faire penser à tous nos fidèles camarades tombés à l'Hilsenfirst ou en bas dans la vallée et qui reposent dans une paix éternelle.

Le 10.7.1916 le front du Hilsenfirst a été repris par le RIR. 187 sous le commandement du Major Scheuermann, et c'est vers 2 heures de l'après-midi que notre régiment a quitté pour toujours cette position de combat qu'il avait appris à aimer, en passant sous le Bockswasen afin de rejoindre, par-dessus le Boenlesgrab et le Holzmacheracker, la vallée de Soulzmatt, et de là, par Rouffach son nouveau quartier " Villa Wettolsheim ".
De la même manière, on a relevé le soir même et dans la nuit les trois bataillons de leurs positions afin de les transférer en partie à Hattstatt, Herrlisheim et Eguisheim.

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